ABITBOL OU LA FOI VIVANTE
Par Saby Benveniste
Les censeurs de la Loi sont en général gentils, courtois et d'une culture étonnante. Pourquoi faut-il que par moments une certaine rigidité vienne tout gâcher ?
Il en est passé un, qui a séjourné quelques mois seulement à Lyon. Nous bavardions de la communauté et de ses problèmes. Je crus devoir en profiter pour dire tout le bien que je pensais de Salomon Abitbol. « Oui, bien sûr, dit-il en hochant tristement la tête. Mais quel dommage qu'un garçon pareil se promène tête nue... »
J'ai ainsi appris que la calotte compte beaucoup plus que la tête. Depuis, Abitbol a toujours quelque chose sur la tête. Mais fort heureusement ce qu'il y a dedans n'a pas changé. Depuis, Abitbol a reçu une récompense prestigieuse : le prix Shazar pour l'éducation.
L'œuvre de Saint-Fons
C'était aux temps lointains des débuts du Fonds Social à Lyon. Les hautes instances parisiennes avaient ouvert un crédit pour une Maison de Jeunes à Saint-Fons. Saint-Fons était dans un abandon total. Seul, Léon Picard, solide comme un roc, menait tambour battant la construction de l'édifice.
Et le jour vint où la Maison des Jeunes de St-Fons vit le jour. Mais qu'est un bâtiment ? Des pierres, des portes. On n'avait pas le sou pour animer. Et Salomon Abitbol vint. La Maison se mit à vivre. Les enfants affluèrent. Salomon Abitbol n'avait pas plus d'argent que ses prédécesseurs. Pour faire vivre la Maison, il rognait tout simplement sur son budget personnel. Je crois bien qu'il a vécu avec quatre fois rien pendant des années.
Une volonté et un regard
Mais Salomon Abitbol était là. Avec sa démarche voûtée, ses petits airs timides. Mais quelle volonté dans son regard ! Ce regard qui venait de très loin. Des caisses de bois tendues de tissus râpés : c'était sa salle de spectacle. Un projecteur borgne, c'était son cinéma. Mais une flamme intérieure l'animait. Il communiquait à tous sa passion.
Salomon Abitbol a gagné. De Saint-Fons il monta à la Maison Communautaire, puis à La Duchère, puis un peu partout dans la périphérie lyonnaise. Abitbol, lui, travaille. Et comme il n'a guère le temps pour les mondanités, il est un peu oublié.
Ce qu'il fait pour la jeunesse de la Région Lyonnaise, ce sera aux jeunes à le dire un jour. La seule chose que je lui souhaite, c'est de ne plus avoir de soucis financiers. C'est bien joli de repeindre des murs, mais le travail culturel, l'approche des êtres, c'est quand même autre chose.
Je comprends, M. le Président Dreyfus, que vous soyez ému en ce jour où enfin Abitbol est honoré. Mais je sais que dans votre for intérieur vous souhaitez également qu'un jour la Communauté Lyonnaise soit digne de Salomon Abitbol.
Saby Benveniste