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Témoignages

LA FORMATION : LA CHARPENTE DU DEJJ — La Saga
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LA FORMATION : LA CHARPENTE DU DEJJ

👤 Edgar GUEDJ - Lynclair Le Visionnaire 🎗️ Formation 📅 1975

LA FORMATION : LA CHARPENTE DU DEJJ

La formation des cadres n’a jamais constitué une activité parmi d’autres au DEJJ. Elle en fut, dès l’origine, la véritable charpente.

Lynclair était convaincu qu’aucun projet éducatif durable ne pouvait reposer uniquement sur des colonies de vacances ou des programmes d’activités. L’avenir du mouvement dépendait avant tout de femmes et d’hommes capables d’en incarner les valeurs et de les transmettre.

Cette conviction s’inscrivait dans le mouvement de reconstruction du judaïsme français après la Shoah. À l’École d’Orsay, Manitou (Léon Ashkénazi) et Robert Gamzon avaient démontré qu’il était possible de former une nouvelle génération de responsables en conjuguant fidélité à la tradition, ouverture au monde moderne et exigence intellectuelle. Lynclair s’inspira de cette démarche.

Lorsque le DEJJ voit le jour en 1962, les éducateurs expérimentés sont peu nombreux. Pour lancer le mouvement, Lynclair fait appel à plusieurs cadres venus du Maroc, qui constituent le premier noyau d’éducateurs et transmettent leur expérience aux jeunes responsables français.

Très vite, la formation cesse d’être une réponse à une pénurie. Elle devient le cœur du projet éducatif.

Des animateurs… aux éducateurs

En 1963, le DEJJ choisit de s’appuyer sur l’UFCV pour former ses animateurs. Le premier stage est organisé à Brunoy. Les futurs cadres y préparent le BAFA, puis le BAFD, sous la conduite de formateurs comme Jacques Cousteau (homonyme du célèbre commandant), Haïm Azès et les premiers responsables venus du Maroc.

Ces diplômes constituent une étape indispensable, mais Lynclair souhaite aller beaucoup plus loin.

Le DEJJ ne veut pas seulement former des animateurs capables d’encadrer un groupe. Il veut former des éducateurs aptes à transmettre une culture, une identité et des valeurs.

Cette ambition se poursuit tout au long de l’année grâce aux mini-stages régionaux. Les jeunes y apprennent les techniques d’animation, les chants, les danses israéliennes, l’organisation des activités, mais aussi la manière d’aborder les fêtes juives selon l’âge des enfants. Chaque activité possède une dimension éducative : le jeu devient un outil pédagogique, le chant renforce le sentiment d’appartenance, la danse raconte une histoire.

Les rassemblements nationaux

Le parcours atteint son sommet lors des grands rassemblements organisés à Boltingen, Gwatt ou Darstteten.

Des centaines de jeunes cadres venus de toute la France y découvrent la dimension nationale du DEJJ. Ils rencontrent les grandes figures du judaïsme français : Manitou, Renée Neher, Armand Abécassis, les rabbins Eisenberg, Goetlieb, Shoushana et bien d’autres.

Pour ces jeunes de dix-sept ou dix-huit ans, ces rencontres sont déterminantes. Ils découvrent un judaïsme vivant, ouvert au dialogue avec la philosophie, la modernité et les interrogations de leur temps.

Les longues discussions qui se prolongent tard dans la nuit contribuent autant à leur formation que les conférences elles-mêmes. Beaucoup comprendront alors que leur engagement dépasse largement l’animation des colonies de vacances.

Une véritable école des cadres

À la fin des années 1960, Bélier crée la Base d’Entraînement des Pionniers (BEP) pour les Pionniers, puis la Base d’Entraînement des Cadres (BEC) pour les plus âgés.

Au début des années 1970, sous la direction nationale de Claude Laloum, cette démarche prend toute son ampleur. Avec le rabbin Haïm Arboun, il met en place des programmes d’une grande exigence qui associent techniques d’animation, dynamique des groupes, psychologie, communication, pédagogie et enseignement du judaïsme.

Il ne s’agit plus seulement d’apprendre à organiser une activité, mais de comprendre les personnes, de faire grandir un groupe et d’assumer une responsabilité éducative.

Raymond Fitoussi se souvient de cette formation où l’on apprenait à observer les comportements, prévenir les conflits, identifier les leaders naturels, écouter avant de parler et conduire un débat. Ces méthodes, alors novatrices, feront du DEJJ une référence reconnue dans le domaine de l’éducation populaire.

 Former les responsables de demain

La finalité de cette formation dépassait largement les colonies de vacances.

Comme le rappelle Gérard Sebbag, les débats qui animaient les soirées du camp d’Ashkelon, en 1971, portaient déjà sur l’avenir du peuple juif : fallait-il rejoindre Aleh-DEJJ et participer à la construction d’Israël ou rester en France pour renforcer les communautés juives ?

Ces discussions révélaient la véritable ambition du mouvement : préparer les futurs dirigeants des écoles juives, des Talmudei Torah, du FSJU, de l’AUJF, du Consistoire et de nombreuses autres institutions.

Les « École des cadres » se créèrent au sein du mouvement dans les années 80 et 90 .  Ce qui faisait école n’était ni une institution, ni un bâtiment ni un diplôme, mais une méthode, une exigence et une vision : transformer un engagement militant en responsabilité communautaire.

L’OFAC : transmettre à son tour

En 1975, le DEJJ crée l’OFAC (Office pour la Formation des Animateurs et Directeurs de Centres de Vacances et de Loisirs), confié à Rikki Serfaty.

L’OFAC organise officiellement les formations au BAFA et au BAFD, tout en restant fidèle à l’esprit du mouvement. La technique n’y est jamais dissociée de la transmission des valeurs.

Rikki Serfaty résumait toute sa philosophie par une phrase devenue célèbre :

« Ce que j’apprends la veille, je le transmets le lendemain. »

Cette maxime résume l’esprit du DEJJ. Chaque génération reçoit pour transmettre à la suivante. Un enfant devient animateur, puis moniteur, puis directeur, puis formateur. À chaque étape, quelqu’un l’invite à aller un peu plus loin.

 

 Conclusion

Au DEJJ, la formation n’avait jamais pour seul objectif de préparer des animateurs compétents. Elle visait à former des éducateurs, puis des responsables communautaires, capables de transmettre une identité, une culture et un sens de l’engagement.

Pendant plusieurs décennies, des centaines de jeunes furent accompagnés sur ce chemin. Beaucoup devinrent enseignants, rabbins, responsables associatifs ou dirigeants d’institutions juives, en France comme en Israël.

Plus qu’une méthode pédagogique, le DEJJ leur avait transmis une manière de servir, de transmettre et de construire.

C’est sans doute là son héritage le plus durable.

 

Texte rédigé avec la participation de

Jean-Claude Bensoussan

Nicole Farhi

Raymond Fitoussi

Jean-Jacques Haouzi

Yves Rouas

Gerard Sebag

Galerie Souvenirs

Stage OFAC  Lamon Dec73 Janv 74
Stage OFAC Lamon Dec73 Janv 74
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