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Témoignages

Le Rabbin d'Orléans ,Un destin au service de la mémoire, de la transmission et de la renaissance — La Saga
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Le Rabbin d'Orléans ,Un destin au service de la mémoire, de la transmission et de la renaissance

👤 Simon BUSBIB 🎗️ REDEF 📅 1962

 

LE RABBIN D’ORLÉANS

Un destin au service de la mémoire, de la transmission et de la renaissance

 

I. L'enfance marocaine et le refuge de Moissac

Né en 1929 au cœur du vivant Mellah de Fès, au Maroc, Henri Sabbah voit son destin basculer à l'aube de son adolescence. En 1945, alors qu'il n'a que seize ans, il quitte la maison familiale pour traverser la Méditerranée et rejoindre la France. Il trouve refuge à la célèbre Maison d’enfants de Moissac, nichée dans le Tarn-et-Garonne.

Animée avec une dévotion héroïque par Shatta et Bouli Simon, aux côtés des Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France (EI), cette maison fut un véritable havre d'humanité en pleine tempête. Au cœur des heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, près de cinq cents enfants juifs y furent protégés, nourris et entourés d'affection. Par un miracle de courage et de solidarité clandestine, tous échappèrent à la déportation.

C'est dans cet environnement préservé qu'Henri bâtit les fondations de sa vie d'adulte. À seize ans, alors qu'il prépare un CAP d’ajusteur-tourneur, il croise le chemin de Rosette Tatar. Née en France, la jeune femme porte en elle la tragique blessure de l'Histoire : son père, Sander Tatar, né en 1900 dans l'Empire russe, a été emporté vers Auschwitz par l'ultime convoi parti de Drancy le 31 juillet 1944. Unies par le souvenir et portées par la même quête d'avenir, leurs trajectoires se lient à jamais lorsqu'ils se marient en 1951.

II. L'éveil spirituel et l'appel de l'étude

À cette même époque, une figure familiale majeure marque le paysage communautaire : le Grand Rabbin Abba Samoun (1928-2011), cousin germain d'Henri, arrivé du Maroc en 1946, étudie à la Yeshiva d’Aix les Bains d’où il invite son cousin Henri à passer ses vacances. Sous cette bienveillante impulsion spirituelle, Henri Sabbah est invité à approfondir ses connaissances à la Yeshiva d’Aix-les-Bains. Rosette l'accompagne avec dévouement dans cette quête d'élévation, scellant leur engagement envers le savoir et la transmission.

Le Rabbin Abba Samoun s'installera à Troyes en juillet 1951 avec une mission sacrée : rebâtir la vie cultuelle et spirituelle de la région Champagne-Ardenne, œuvre à laquelle il consacrera près de soixante années d'un ministère passionné.

Quant à Henri, en 1952, à la fin de ses études à la Yeshiva, il assumera le poste de surveillant général à l’école Otzar Hatorah, à Casablanca.

III. Le miracle de la reconstruction à Saint-Fons

Au lendemain du conflit mondial, la petite commune de Saint-Fons, bordant le Rhône aux portes de Lyon, accueille une population cosmopolite façonnée par l'exil. Avant la guerre, sa communauté juive comptait près de quatre cents âmes. Mais l'indicible horreur des camps de la mort y a laissé un vide vertigineux : en 1954, le recensement ne dénombre plus que douze survivants.

Face à cette communauté meurtrie mais résiliente, un élan de reconstruction s'organise. En 1955, sous l'impulsion du Fonds Social Juif Unifié (FSJU), la « Maison des Jeunes » ouvre ses portes au 20 allée Picard. Ce lieu de vie et de rassemblement vise à rallumer la flamme identitaire, à offrir un refuge chaleureux aux rares survivants de la Shoah et à accueillir les nouvelles familles juives venues s'installer depuis le Maghreb.

Henry Sabbah se voit confier la direction de cette institution. La tâche est immense : les cœurs sont lourds, les traumatismes encore béants et les moyens bien modestes. Pourtant, armé d'une patience inébranlable, de chaleur humaine et d'une foi profonde dans la jeunesse, Henry va persévérer. Pendant sept années décisives, jusqu'en 1962, il insuffle un nouveau souffle à Saint-Fons, tissant des liens indéfectibles et posant les pierres angulaires d'une communauté retrouvée.

IV. De Montpellier aux mouvements de jeunesse

En septembre 1962, alors que le FSJU confie la direction de la « Maison des Jeunes » de Saint-Fons au dynamique Salomon Abitbol, Henry Sabbah tourne une page pour en ouvrir une autre. Son chemin le mène d'abord à Montpellier, où il prend avec ferveur la direction du tout nouveau centre communautaire pendant quatre années décisives.

Puis vient l'appel de l'engagement auprès de la jeunesse à une tout autre échelle. En 1966, Henry s'installe à Orléans, tout en répondant à la sollicitation de Lynclair pour développer le DEJJ (Département Éducatif de la Jeunesse Juive) à Paris. Partagé entre la capitale et les rives du Loiret, il multiplie les allers-retours, tissant sans relâche des liens d'amitié, de transmission et de fraternité.

V. L'âme d'Orléans et l'éveilleur de consciences

Très vite, Henry Sabbah devient bien plus qu'un responsable éducatif : il s'impose naturellement comme « le Rabbin d’Orléans », un guide bienveillant et une figure incontournable. Avec une énergie communicative, il insuffle un nouvel élan à la jeunesse, fonde le DEJJ à Orléans en 1978/1979 aux côtés de Valérie Suchod, et demeure cet animateur passionné jusqu'en 2005.

« Lorsque le nom du "Rabbin d'Orléans" est mentionné, ma conscience me rappelle le rôle fondamental qu'Henry SABBAH זצ״ל a joué dans ma mission. A priori, quel peut être le rôle d'un rabbin communautaire dans la mission d'un chargé de mission éducative sioniste ? Cela fait partie des spécificités inouïes du DEJJ. » — Témoignage de Raymond Fitoussi

Raymond Fitoussi se souvient de cette empreinte indélébile : l'influence rare d'un véritable « éveilleur de conscience juive ». Face aux besoins matériels et humains du quotidien, Henry répondait toujours présent, avec une spontanéité, une générosité et une authenticité que seuls ceux qui l'ont côtoyé savent mesurer à sa juste valeur.

VI. Le retour aux sources et le crépuscule paisible à Ashdod

Au soir de sa vie, malgré la maladie, Henry accomplit un dernier voyage symbolique en faisant son Alyah vers Israël. C'est à Ashdod qu'il s'installe aux côtés de sa seconde épouse, Nadia. Jusqu'en 2019, il y fréquente fidèlement l'Espace Francophone, partageant sa chaleur humaine et sa sagesse.

« Je l'ai revu une dernière fois chez lui, à Ashdod, au milieu de sa bibliothèque. Il a évoqué d’un souffle très émouvant ses souvenirs d'enfance, ce tout jeune homme déterminé qui est parti un matin sans rien dire à personne, pour prendre un bateau à destination de la France, à une période bien complexe » — Valérie Suchod

 Entouré de ses livres, mémoire vivante d'un parcours exceptionnel commencé au Mellah de Fès et façonné dans l'épreuve et l'exil, le Rabbin d'Orléans s'est éteint en laissant derrière lui l'héritage lumineux d'une vie entièrement consacrée à l'amour des autres et à la transmission.

Raymond FITOUSSI

Valérie SUCHOD

Jean-Jacques HAOUZI

 

 

 

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