Logo Dejj La Saga
Menu
  • Accueil
  • Notre Histoire
  • Les Fondateurs
  • Témoignages
  • Centres de Vacances & Stages
    • Centres de Vacances
      • Annecy
      • Annot
      • Ashkelon | Israël
      • Beauvezer
      • Boêge
      • Champlan
      • Chatel
      • Folelli
      • Herbeys
      • La Tour de Mare
      • La Parata
      • La Varenne
      • Levens
      • Layrac-sur-Tarn
      • Maglan
      • Montargis
      • Rabastens
      • St Alban
      • San Pellegrino
      • Saint-Pé-de-Bigorre
      • Valescure
      • Valjouffrey
      • Villefranche-du-Queyran
      • Vinay
    • Stages
      • Böltigen
      • Brunoy
      • Darstetten
      • Gwatt
      • La Sainte Beaume
      • Les Andelys
      • Le Suquet
  • Délégations Régionales
    • Lyon
      • Créations
      • Témoignages
    • Marseille
      • Création
      • Témoignages
    • Nice
      • Création
      • Témoignages
    • Paris
      • Création
      • Témoignages
    • Région Parisienne
      • Création
      • Témoignages
    • Toulouse
      • Création
      • Témoignages
  • Activités
    • Chants & Chansonniers
    • Unités communautaires/REDEF
    • Pionniers
    • JAC
    • Cercles du Renouveau
    • Aleh DEJJ
    • Espace Francophone
  • Presse & Médias
📝 Inscription 🔑 Connexion
Faire un don

Témoignages

NOTRE ALYA À GUILO Par Maud BERREBY — La Saga
← Retour aux témoignages

NOTRE ALYA À GUILO Par Maud BERREBY

👤 André DARMON - Otarie 📍 Autre 🏷️ Autres 🎗️ Aleh DEJJ

NOTRE ALYA À GUILO

Par Maud BERREBY

C’est le 19 Novembre 1977 ,un dimanche pas comme les autres, que nous allons assister à Marseille chez Otarie, en direct à la télévision, à l’arrivée en Israël du président égyptien Anouar el Sadate. Ce même jour Otarie a également invité le général israélien Ouzi Narkis qui a libéré Jérusalem en 1967. Sa présence rend ce moment inattendu et émouvant. Otarie nous ouvre la porte. Les yeux rieurs masqués par de grosses lunettes noires, il est d’un tempérament jovial et est heureux de nous recevoir pour la circonstance. L’émotion est grande, à son comble. En admiration devant l’audace du président Sadate, Ouzi nous fait partager son intime joie de parler enfin de paix. Il nous explique, commente, nous transporte avec émoi dans les combats qui nous ont rendu enfin la liberté de prier au Kotel. Nous l’écoutons avec une grande fierté. Jusqu’alors, il fallait se hisser sur le toit d’un immeuble situé au carrefour des rues Jaffa et Agron pour tenter d'entr’apercevoir, le temps d’une prière un petit bout de ce mur si cher à nos cœurs.

Soudain, le téléphone sonne. C’est Claude Laloum qui nous informe qu’il organise un groupe d’alya pour l’été 1978. En cinq minutes, la décision est prise.

     - On y va, s’est écrié Otarie.

     - Nous aussi avons-nous répondu.

Les dés sont jetés, la date fixée. Un rêve fou va bientôt se concrétiser.Nadine, Raymond, Richard et moi répondons présents. C’est l’euphorie totale.

Toute notre vie s’articule alors autour de ce départ, voyage d’études, préparation, achats.

Chaque fin de semaine, nous faisons tous les quatre, le tour des grands centres commerciaux, remplissons nos caddy de vaisselle, couches bébé jetables (il n’y en a pas à cette époque en Israël). Nous achetons les meubles avec livraison directe pour le jour du départ. Nous choisissons un container de trente mètres cubes, c’est ce qu’il nous faut au minimum pour être sûrs de ne rien oublier… Nous commandons la voiture, il faut un modèle solide, nous optons pour la Passat Volkswagen reçue juste avant le jour J. Il n’est pas question de partir en avion, quatre heures de vol ! C’eut été trop rapide… Prendre le temps de savourer un tel voyage, nous partirons en bateau…. Ainsi, nous organisons notre départ de Venise. Se sont jointes à nous des familles de la région marseillaise. Nous serons ainsi une bonne vingtaine de personnes à partir ensemble sur le même paquebot.

Nous quittons Toulon le 24/07 pour la Terre promise. Les copains nous accompagnent, nous formons un long cortège de voitures. Que d’émotions !

Le bateau appareille, il s’apprête à sortir du port. Nos cœurs battent très fort, la tension se relâche lentement, nous nous regardons sans parler, retenons notre souffle, tellement heureux et montons sur le pont vivre cet instant mémorable. Chacun serre sa petite famille, notre pouls s’accélère, nos yeux brillent, les larmes coulent doucement. Le navire s’éloigne lentement du quai, des gondoles voguent nonchalamment tout près de nous. Des gondoles ? C’est là que je réalise que saouls d’alyah, déjà drogués à Israel nous n’avions même pas pensé à faire une balade à Venise que je ne connaissais pas.

Le voyage se passe fort bien, discussions, jeux de cartes, l’inconscience est totale. Les enfants entourent Michael Darmon isolé en cabine pour cause de rougeole et inévitablement ils seront tous malades à notre arrivée. Après cinq jours de grande impatience, nous allons accoster. Le port de Haïfa pointe au loin. La gorge nouée, nous sommes à nouveau montés sur le pont, il est à peu près neuf heures du matin. De la mer argentée, des milliers de reflets illuminent nos visages déjà rayonnants. La côte se rapproche doucement, les remorqueurs sont déjà à l’œuvre, l’émotion nous submerge, l’inconnu nous attend, mais nous sommes ensemble, rien ne nous fait peur. Les premières heures se passent à faire les formalités d’enregistrement.

 Le 31 Juillet 1978 vers quatorze heures, dans une ambiance délirée, dansant au rythme effréné des Bee-Gees, nos hommes sortent des bureaux des douanes exhibant triomphalement nos nouvelles plaques d’immatriculation, les familles Darmon Raymond, André Darmon-Otarie, Elbaz, Halimi, Bismuth, Paget, Berreby.

En fin d’après-midi, nous prenons enfin la route pour Jérusalem, notre destination. La route est sinueuse et serpente à travers les collines boisées de la forêt des martyrs avec ses millions d’arbres plantés en souvenir des victimes de la Shoah. J’ai une sincère pensée pour eux qui n’ont pas eu la chance d’emprunter cette route, de « monter à Jérusalem ». Ils sont présents en moi et m’accompagnent.

Heureux et impatients, nous arrivons enfin, vers dix-neuf heures, dans le quartier de Gīlo, le soleil d’un rouge flamboyant commence à décliner sur les monts de Judée. Nous cherchons notre chemin. Chantal Laloum nous attend et nous installe au centre d’intégration, elle sera là jour après jour pour nous assister, nous soutenir. Les voisins arrivés la veille, Danièle et Lucien SABBAN nous accueillent avec des beignets. C’est la fête, nous dansons, chantons, sans oublier les « you-you » d’allégresse. Dans le frigidaire de l’appartement, nous attendent un litre de lait et un pot de miel. Ces deux symboles, rappelant la visite des explorateurs envoyés par Moise, au pays de Canaan, deviennent réalité, j’en suis bouleversée, c’est pour moi une Renaissance.

« Nous sommes entrés dans le pays où tu nous avais envoyés ; oui vraiment il ruisselle de lait et de miel » (chapitre XIII, verset 27, Chelah-Lekha).

Ce soir, ce lait et ce miel seront notre premier repas. Nous sommes enfin en Terre promise.

Nous habitons un trois-pièces. Le mobilier est précaire, une petite table en formica, quatre chaises, un élément à étagères très étroit pour quelques livres, des lits d’une place en bois, le sommier est une simple planche, des matelas de mousse très durs, trop durs pour nos petits dos encore habitués à la mollesse des matelas de France. Ceci est notre environnement, ménage vite fait, c’est le but recherché, nous sommes ici pour apprendre l’hébreu. L’ambiance est extraordinaire. Sarah, ancienne colonelle de l’armée, grande femme, souriante et d’une énergie débordante est notre professeure d’hébreu. Cette merveilleuse rouquine, taillée dans la masse, au coup de craie retentissant sur le tableau, à la voix portante, inspire le respect et l’admiration. Elle nous touche profondément par sa douce sévérité, l’authentique « sabra » !!!

Des gens du monde entier sont en classe avec nous, la tour de Babel, Horatio vient d’Argentine, Suzy du Venezuela, Maria du Chili, Shlomo du Maroc, Lucien de Paris, Marta de Buenos Aires... des gens curieux, intéressants, pas communs. Chacun est une histoire, ensemble nous nous projetons dans le même futur. L’expérience est passionnante, bouleversante.

À midi, c’est la course, prendre les enfants à l’école, au jardin d’enfants, faire les devoirs, les formalités, les courses, les repas.

Être en groupe est si important, nous nous soutenons, chacun est pour l’autre une famille, un soutien physique, moral. Nous passons de nombreuses soirées ensemble et surtout les repas de shabbat avec Chantal et Claude, Raymond et Nadine.

Bien sur certains sont repartis, peut -être trois ou quatre familles. Chacun d’entre nous a eu ses petits ou gros problèmes. Chantal Laloum nous a quitté. Chantal débordante de gentillesse, douceur nous a aidés, conseillés, a inscrit les enfants à l’école, parlé avec les enseignants. Michael le fils de Nadine et Raymond disparu trop tôt, trop vite nous a appris le goût de l’amère douleur de la séparation, qui deviendra jour après jour la dure réalité de notre cher pays.

Sans Claude et ce groupe aurions-nous fait le saut ? Je pense que oui mais je tiens à lui dire merci au nom de nous tous.   

Maud BERREBY

Tel-Aviv – Janvier 2026

 

✕
❮
❯