LA CREATION DU DEJJ A PARIS
Le National et La Délégation Parisienne
Par Yves ROUAS
J’ai poussé la grande porte en fer forgé du 19 Boulevard Poissonnière à Paris en 1964.
Je suis monté au 3ème étage, accompagné de ma sœur, je n’avais pas encore 17 ans.Nous avons été reçus par « une grande dame », (comme l’ont été d’autres grandes dames au DEJJ) : Mady Elalouf.Elle m’a inscrit à la JAC….et c’est comme cela que j’ai commencé ma vie de militant communautaire… au DEJJ.Ces quelques lignes, nombreux sont ceux et celles qui auraient pu les écrire….Grâce à ce site, ils, elles, en ont toujours l’occasion.Après plus de 60 ans, la mémoire peut faire défaut…fait quelques fois défaut…alors, vous pardonnerez les erreurs, les inexactitudes de dates ou de faits, les omissions bien involontaires.Pour parler du DEJJ en France, impossible de ne pas rappeler l’Histoire de ce mouvement de jeunesse d’abord au Maroc.Le DEJJ a été créé au Maroc en 1949 par Edgard GUEDJ, Lynclair, (son totem EI).Lynclair et ses co-équipiers issus des EI (Éclaireurs Israélites) mais aussi de l’AIU (Alliance Israélite Universelle), de l’ORT et de l’ENIO (École Normale Israélite Orientale) vont développer admirablement et efficacement, au Maroc, durant plus d’une dizaine d’années ce mouvement d’éducation populaire, le DEJJ, une association socio-éducative de masse en milieu défavorisé, grâce à une formation soutenue de cadres engagés.Prévenu d’une dénonciation pour ses actions clandestines en faveur d’Israël, Lynclair part seul en 1961 pour la France.Dès 1961, Edgard Guedj prédit l’indépendance de l’Algérie et le départ massif des juifs d’Algérie vers Israël et à destination de la France. Il rencontre les autorités israéliennes à Jérusalem, expose son analyse de la situation et propose son plan d’action pour implanter le DEJJ en Israël. Sa démarche n’est pas convaincante.Il se tourne alors vers les institutions juives de France, plus réceptives, notamment auprès du FSJU qui connaît et reconnaît sa remarquable action éducative en milieu défavorisé avec le DEJJ au Maroc.Deux ans auparavant, en 1960, Esther (Fléole), une des « grandes dames » du mouvement, et Salomon Abitbol ( Autruche) ont quitté le Maroc et pris la direction de la Maison d’enfants de l’OSE à Taverny.
Durant les années 1961 et 1962, Lynclair détaille et complète son plan. Soutenu par la direction du FSJU, Guy de Rothschild, son Président, Julien Samuel et Adam Loss, les Directeurs Généraux, Maître Théo Klein et le Professeur Ady Steg, Edgard Guedj présente son plan d’urgence aux membres du Conseil National du FSJU, réunis en Assemblée Générale Extraordinaire en Septembre 1962 à Herbeys. Le plan adopté à l’unanimité est mis immédiatement à exécution par Lynclair. Il demande alors à ses proches amis et collaborateurs marocains et algériens de le rejoindre en France pour créer le DEJJ.Quelques futurs responsables le rejoignent, à sa demande, pour préparer la « suite », en particulier, Rikki Serfaty ( l’autre « grande dame » du DEJJ ), Ralph Sultan, Simon Busbib, Maurice Arama, Edmond Elalouf, Mady Elalouf, …..pour Paris.Georges Fhal (Boulette), André Darmon (Otarie), Salomon Aflalo (Chevreuil), Esther Abitbol (Fléole) pour les régions.
A cette période Lynclair est à la fois Directeur du DEJJ et des Éclaireurs et Éclaireuses Israelites de France.
Il devient le premier Directeur du Centre Communautaire de Paris qu’il crée avec Edmond Elalouf, son Directeur adjoint qui lui succèdera.
LE STAFF DU DEJJ SE DÉPLOIE
Lynclair déploie alors son « son état-major » :
- Vers les Centres Communautaires :
o Edmond Elalouf est son adjoint au DEJJ. Il deviendra le deuxième Directeur du Centre Communautaire de Paris et sera chargé du développement des Centres Communautaires en France.o Salomon Abitbol, Autruche, sera Directeur de la Maison des jeunes de Saint Fons, dans la banlieue lyonnaise.
o Charles Ohnona sera Directeur du Parc Fleuri , le Centre Communautaire du quartier Sainte Marguerite, dans la banlieue de Marseille.
o Roger Sultan à Lyon
o Henri Sabbah à Montpellier
- Vers les Régions :
Cinq d’entre eux deviendront « délégués régionaux :
o Esther Abitbol, à Lyon.
o Georges Fhal, à Marseille.
o André Darmon, à Toulouse
o Salomon Aflalo, à Nice,
o Simon Busbib pour la banlieue parisienne.
- Vers les Branches :
Trois autres auront en charge la direction des différentes branches du DEJJ :
o Rikki Serfaty deviendra Responsable Nationale des Unités Communautaires, branche qui concerne les enfants de 7 à 12 ans, et qui prendra par la suite le nom de REDEF, Réseau Educatif de l’Enfance,
o Mady Elalouf, sera Responsable Nationale de la JAC, pour les jeunes de plus de 15 ans.
o Quelques années plus tard, Haïm Benlolo, Bélier, sera nommé Responsable National des Pionniers, pour les adolescents de 12 à 15 ans
- Vers les Ateliers
Deux autres membres de cette équipe
o Ralph Sultan, sera chargé des Ateliers manuels créatifs et de la formation des cadres,
o Maurice Arama, sera chargé de la communication, de l’édition des manuels, guides, chansonniers, et de la formation des cadres. Il sera assisté quelques années plus tard par Jean-Pierre Laloum (Bambi)
Ils suivront aussi la logistique des centres de vacances.
Ces éducateurs exceptionnels s’installent en France, apportant avec eux leur savoir-faire éducatif, ayant acquis plusieurs dizaines d’années d’expérience au sein des EI en Algérie et au Maroc, et du DEJJ au Maroc.
Rapidement, un réseau d’actions pour les rapatriés est mis en place : haltes d’enfants, centres aérés, centres de vacances.
Bientôt, de jeunes cadres bénévoles, la plupart d’entre eux étudiants, rejoindront cette dynamique...
Le DEJJ À PARIS
Le Centre Communautaire ,19 Boulevard Poissonnière, créé par Lynclair, va jouer un rôle essentiel. Il sera dirigé, après le passage de Lynclair, par Edmond Elalouf, son « bras droit «, qui continuera pendant plusieurs années à participer à l’organisation et à la réalisation des stages nationaux et régionaux du DEJJ.
Le Centre Communautaire abritera le siège national du DEJJ.
Dans le langage commun, les membres de la communauté juive parisienne parleront, indistinctement, du Centre Communautaire, du DEJJ, ou du 19 Bd Poissonnière pour rejoindre ce lieu.
Qui ne se souvient pas :
De cette grande salle des fêtes où nous avons fêté tant de soirées de Hanouka ou de bals de Pourim…et de ses immenses tables de réunion nationale du DEJJ…
Du STE, le Service Technique pour l’Education, lieu de recherches de matériel éducatif pour les cadres,
Du seul restaurant communautaire au 1er étage
De la salle de télévision au 2ème étage ou de la discothèque au 2ème entresol
De la « fameuse » salle 5, lieu de réunion des jeunes de la JAC, des réunions parisiennes ou nationales de cadres, du staff national,
De la salle du gymnase ou de la cafétéria…
Se souvenir des rassemblements de la communauté juive sur le boulevard poissonnière au moment de la guerre des 6 jours en 1967, Lynclair avec son haut-parleur donnant ses instructions à la foule réunie…ou nos réunions au moment des « évènements de Belleville « en 1968…
À cette époque, les « juifs rapatriés d’Algérie » éprouvent le besoin impérieux de se retrouver.
Les juifs du Maroc et de Tunisie les rejoindront suite aux évènements dans ces pays.
La communauté juive ashkénaze est dans le même état d’esprit.
Le lieu de rencontres amicales ou familiales a, au début, comme adresse « Le Brébant », un café-restaurant parisien situé 32 boulevard Poissonnière, juste en face du Centre Communautaire, sur les Grands Boulevards et proches de nombreux commerces juifs.
Les jeunes arrivent du centre-ville parisien et des banlieues en métro, station Rue Montmartre (aujourd’hui, Grands Boulevards).
LA JAC
Les plus de15 ans sont accueillis par Mady Elalouf, responsable nationale de la JAC.
Son équipe de cadres est composée de Haïm Shiran, Max Guénine, Michel Fulop, Michel Kréplac, Jacky Lachkar, Albert et Michel Herszlikowicz, Marc Lewkowicz , Yves Rouas, et d’autres….
Elle les a recrutés et formés.
Très vite ce groupe va réunir plusieurs centaines d’adhérents.
Cette équipe propose des dimanches après-midi dansants, des conférences, des débats, des rencontres avec des rabbins, des écrivains, des week-end et des séjours de vacances.
Ce sont des centaines de jeunes qui vont découvrir à l’été 63 les plaisirs des centres de vacances, la Côte d’Azur, Villefranche sur Mer, Levens…. la vie sous les tentes, la cuisine marocaine.
Ils découvriront La Tour de Mare, prêt de Fréjus-Saint Raphaël.
Les rabbins Léon Ashkénazi (Manitou), Josy Eisenberg, Daniel Gotlieb, Frankforter…, et l’écrivain-philosophe-enseignant, Armand Abécassis (Cèdre) feront partie de ces formateurs exceptionnels qui participeront à cette aventure, en particulier dans les stages de Boltigen, Gwatt, ou Le Suquet
Mais par-dessus tout ils feront l’apprentissage de l’ESPRIT DEJJ, ce mélange d’amitié, de fraternité, de bonheur, de chants, de prières, de vivre ensemble, d’études juives, de débats animés sans fin, de la prise de responsabilités, de l’engagement.
LES PIONNIERS
Pour les adolescents de 12 -15 ans, les PIONNIERS, , Bélier en assurera la coordination nationale très rapidement.
Ces jeunes Pionniers vont recevoir l’enseignement de l’autonomie et de la responsabilité personnelle, la joie de vivre, les camps de Corse à Champlan (Bélier organisera et dirigera la coordination d’autres lieux en Corse pour les plus de 16 ans ou les adultes du Centre Communautaire à Follelli, San Pellegrino, Ponte Nuevo, Campoloro..).
Les Pionniers seront les cadres de demain.
Ils bénéficieront de programmes de formation spécifiques au sein des BEC, les « Bases d’Entraînement des Cadres ».
Bélier sera aidé de Lucienne Germain ( Putch ), Katie Derhy-Benlolo, Simon Arnold, Dov Djaoui, Yves Rouas, l’équipe des Raiders ( anciens cadres des EI du Maroc ) qui rejoindra les Pionniers….de nombreux autres…
Norbert Dana, issu de la BEC, deviendra Directeur Général Adjoint du FSJU.
LE REDEF
Les enfants de 7 à 12 ans, les Unités Communautaires ( les UC) appelés par la suite le REDEF, Réseau Éducatif De l’Enfance, sont sous la responsabilité nationale de Rikki Serfaty.
Rikki avait l’expérience des Unités populaires au Maroc.
C’est elle qui constitue les premières équipes d’encadrement qu’elle forme et qu’elle coordonne : Marc Danan, Joëlle Kalfa-Busbib, Evelyne Fabrykant, Rose Hélène Kréplac, David Dahan, Edmond Lamy (en banlieue parisienne), Popy Corcos, Gisèle Corcos ( pour la région de Toulouse ) Daniel Brami ( pour la région de Nice ) entre autres, feront partie de cette équipe.
Elle organisera, et réalisera avec les autres responsables permanents et bénévoles du DEJJ, les stages régionaux et nationaux de formation des cadres communautaires de cette époque, en particulier la formation informelle pour les animateurs de la petite enfance.
LES CERCLES DU RENOUVEAU
Le 19 Bld Poissonnière qui est devenu depuis sa création le cœur historique du DEJJ ne le doit pas à la seule présence des trois branches du DEJJ.
Cette centralité de la vie juive est due aussi aux programmes et activités du Centre Communautaire dirigé pendant plusieurs décennies par Edmond Elalouf, l’Homme des Centres Communautaires en France.
Ce Centre socio-culturel proposait déjà aux « nouveaux adultes » des activités aux groupes dénommés, Groupe1, Groupe 2, 3, ….avec un public que le DEJJ appelait les Cercles du Renouveau, jeunes adultes de plus de 20 ans, célibataires ou mariés, futurs leaders communautaires.
LES FOYERS
Trois autres lieux importants, devenus mémorables, sont créés par le DEJJ à Paris dans les endroits où se trouve une communauté juive importante à cette époque :
- Le « Foyer de Belleville », Rue Lesage – Paris 20ème, dirigé par Dollar Uzan : il accueillera principalement les enfants de 6 à 12 ans et les adolescents de 12 à 15 ans issus du quartier.
o Simon Bokobza lui succèdera quelques années plus tard.
o Parmi eux, un jeune deviendra un militant fidèle et important du DEJJ, jusqu’à en devenir le Président : Paul Sayada, encore actif au sein du « DEJJ « les Copains d’abord » en Israël.
- Le « Foyer Goncourt », Rue Jacques Louvel Tessier – Paris 11ème, dirigé par Richard Cohen qui sera assisté, entre autres, à la JAC, par Richard Tuil, Félix Nataf, Martine Bouskila, et aux UC par Clément JAMI ….
- Le « Foyer Martin Buber », 110 Rue Vieille du Temple, dirigé par Yves Rouas et ensuite par Jean-Luc Allouche : ce foyer accueillera les trois branches du DEJJ et sera le lieu des réunions nationales, des journées de formation. Il deviendra par la suite, le lieu de la coordination nationale du DEJJ pendant quelques mois, avec Claude Laloum et Rikki
Une figure importante du DEJJ, militant de la première heure à Toulouse, rejoindra cette équipe à Paris à la fin des années 1960 : Claude Laloum assurera la Direction nationale du mouvement jusqu’à son départ en Israël dans le cadre des groupes « Aleh DEJJ », dont il sera, avec son épouse Chantal, l’un des inspirateurs et le coordinateur.