De Casablanca à Jérusalem, un parcours vers l'autre
Esther Abitbol, née Bengio, est née à Casablanca le 14 décembre 1933. Elle est la fille de Yoshua et Rachel Bengio, et descendante du grand rabbin Mordechai Bengio de Tanger.
Elle a grandi au sein des Éclaireurs Israélites du Maroc (EI), où elle fut totémisée Fleole en raison de sa grandeur d’esprit. C’est également dans ce cadre qu’elle rencontra son futur mari, Salomon Abitbol, totémisé « Autruche ».
Après son engagement aux EI, Esther a fondé avec l'appel de Lynclaire le DEJJ au Maroc, pour venir en aide aux enfants défavorisés. Elle a également enseigné dans le Mellah de Casablanca et obtenu son diplôme d’enseignante par correspondance.
Après leur mariage, Esther et son mari Autruche ont vécu deux ans à Taverni, maison d'enfants pour accompagne des jeunes adolescent de famille rescapes de l'Europe de l'Est. En 1962, elle prend la direction du DEJJ à Lyon propose par lynclaire , poste qu’elle occupera jusqu’à leur alyah en Israël en 1977.
Installée à Netivot, Esther recommence à zéro pour obtenir à nouveau son diplôme d’enseignement pour enfants en Hébreu. Elle crée ensuite un programme éducatif destiné aux parents et enfants en difficulté dans le cadre de l’association Etgar. Parallèlement, elle obtient un diplôme de l’Université de Jérusalem ( Tochnit shvartz) en éducation de l’enfant.
En 1990-1992, Esther se rejoint avec Salomon pour une mission au DEJJ et enseigne à l’école Lucien de Hirsch à Paris pendant 2 ans.
Elle a également joué un rôle majeur dans l’intégration des communautés éthiopiennes au sein de l’organisation Gvanim, dont elle fut membre de la direction. Elle écrit un programme éducatif qui témoigne du travail spécialisé avec les Ethiopiens et les rescapés étranger vivant en Israël. Elle a travaillé avec ces communautés jusqu’à l’âge de 80 ans,(2013) traversant les villes de Beit She’an, Be’er Sheva, Tel Aviv et Jérusalem.
En 1997 Esther a reçu le prix mofet le hinouh pour sa transmission sans fin, son courage ; sa créativité et son travail éducatif rigoureux durant son parcours en Israel .
En août 2003, une tragédie frappa la famille Abitbol : Manu, le fils d’Esther et Salomon, frère de Marc, Myriam Ruth et Sarah, fut tué dans un accident de moto sur la route d’Eilat. Malgré cette immense douleur, Esther et Salomon ont poursuivi leur mission tournée vers l’autre.
Lors d’une cérémonie organisée par Marc à Lyon avec le DEJJ et la communauté juive le 7 juin 2006, en mémoire d’Emmanuel, Esther prononça ces mots :
« Sachez que si je continue à vivre et à être une éducatrice, c’est aussi grâce à vous, pour ce que vous êtes devenus, pour ce que vous avez décidé de faire de votre vie. »
Esther était une combattante de naissance : courageuse, sensible à l’autre, engagée dans une lutte incessante pour l’égalité. Elle était à la fois drôle et sérieuse, aimante et profondément humaine. Pour elle, L'Amour de l’Homme passait avant tout.
Quelques extraits du livre "Esther et Salomon Une vie d'ensemble." De Daniel Haik
A la suite de la décision de Lynclair de décentraliser les activités du FSJU et en particulier du DEJJ, Esther et Salomon s’installent en septembre 1962, peu avant les fêtes de Tichri, à Lyon. Leur ordre de mission est clair : Salomon sera chargé de la direction du centre communautaire de St Fons qui est appelé la « Maison des Jeunes » tandis qu’Esther, elle, dirigera la cellule Lyonnaise du DEJJ.
TÉMOIGNAGE D'ESTHER
"Lynclair m'a alors clairement confié la mission de déléguée régionale du DEJJ, le mouvement que nous avions développé au Maroc et qui, à la suite de l'arrivée des rapatriés d'Algérie, faisait ses premiers pas en France. Dans un premier temps, je me suis rendu auprès du grand rabbin Jean Kling à Lyon et je lui ai dit que ma mission était de créer un nouveau mouvement de jeunesse, le DEJJ. Dans un premier temps, celui-ci m'a découragée, en m'affirmant que ce serait très difficile. Mais je ne me suis pas découragée. J'ai poursuivi mon action en faisant du porte-à-porte dans les cités de la banlieue lyonnaise. Lynclair m'a ensuite mandaté avec une lettre de recommandation auprès de Mr Zemmour, qui était alors le directeur de la Maison Communautaire de Lyon. Lui aussi s'est montré sceptique lorsque je lui ai fait part de mon intention de créer un mouvement de jeunesse. Il m'a expliqué que les jeunes originaires d'Algérie venaient de traverser la guerre et qu'il était peu probable que leurs parents les laissent sortir pour participer aux activités d'un mouvement de jeunesse, même juif.
Seconde étape : je me suis adressée à Roger Sultan qui était le nouveau directeur du Centre Communautaire et qui m'a accueilli très aimablement. Je lui ai demandé de me prêter un local dans le centre pour organiser des activités avec les enfants et enfin, troisième étape : j'ai demandé au Fond Social la liste des adresses des juifs rapatriés d'Algérie.
Comme tous les débuts, ceux-ci ont été difficiles. Je me souviens de notre premier hiver à Lyon : il faisait très froid et je n'étais pas bien équipée!
J'ai donc fait durant cet hiver du porte à porte en fonction des adresses dont je disposais. Lorsque l'on m'ouvrait, je reprenais toujours le même refrain : "Je m'appelle Esther Abitbol et je vais créer un mouvement de jeunesse. Confiez moi vos enfants ! La première réponse était le plus souvent très cordiale. Les mères de famille qui étaient au foyer me demandaient : "Mais de quelle ville d'Algérie, êtes-vous madame. Et moi je répondais, amusée que je n'étais pas d'Algérie mais du Maroc : "Ce n'est pas grave, disaient-elles, on vous aime quand même". Contrairement aux prévisions pessimistes des responsables communautaires, j'ai réussi à persuader plusieurs mères de me confier leurs enfants. Mais ma stratégie était encore plus incroyable : j'avais loué un autobus qui me suivait dans mes déplacements et lorsque je parvenais à convaincre les parents, les enfants redescendaient avec moi et je les installais dans le bus… Je me souviens encore de notre première "activité": nous sommes allés dans un parc . Le chauffeur s'est alors indigné : "Mais, madame, vous ne pouvez pas sortir ces enfants dehors par ce froid de canard". Lorsque j'ai compris le message du chauffeur, je me suis rendu auprès de Roger Sultan qui nous a donc prêté généreusement une salle du Centre Communautaire.
La première activité de ce "mouvement de jeunesse" s'est très bien passée. Cela m'a donné beaucoup de force pour la suite. J'ai donc poursuivi mon porte-à-porte et c'est ainsi qu' a débuté une étroite coopération entre le Centre Communautaire de Roger Sultan et le DEJJ qui commençait à s'implanter en France.
Officiellement Esther et Salomon avaient donc des activités distinctes puisque Salomon était fonctionnaire du FSJU et Esther travaillait pour le DEJJ. Mais tous deux admettent qu’à cette époque, ils ne faisaient guère de différence entre le DEJJ Lyon et la Maison des Jeunes et souvent Salomon prêtait son local à St Fond pour les activités du DEJJ dirigées par Esther.
« Le Grand Rabbin Kling nous appelait Monsieur et Madame DEJJ. Nous faisions tout ensemble, depuis le balayage de la maison des jeunes jusqu’aux pièces de théâtre que Salomon avait montées avec les enfants du DEJJ et les jeunes ados. Nous nous donnions des conseils mutuels. Il y avait une fusion sur le plan professionnel ».